j'y pense…

Le Cully Jazz à Dom – Jour 8

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Voilà voilà…

Ça va, toi? Moi ça va, merci! Mais j’ai passé une soirée inattendue hier. Mon programme était le suivant:

À 19h  au Club: Mats-Up.
À 21h  sur le Boat Club Venoge: première Gypsy Jazz Session

Mats-Up: J’y vais parce que le concert est le seul qui soit à 19h, la seule possibilité de voir deux concerts dans la même soirée. (Même si ça n’est pas tout à fait exact, on le verra.) Le band, après consultation de leur vidéo sur site du festival, est classé dans le deuxième sous-groupe de la deuxième catégorie selon mes explications d’hier, les « pourquoi pas ».

Début du concert. Grosso modo, je ne mords pas complètement à leur hameçon, même si leur batteur m’en colle une ou deux bien senties. (Au figuré, hein!). Certains passages me prennent, puis me laissent choir sans préavis.

Faut dire que je commence peut-être à avoir l’écoute un peu fatiguée, moi. Autant de concerts d’une telle qualité en si peu de temps, j’avais jamais vécu ça, moi! L’année passée, je garde un excellent souvenir du festival, mais je me souviens que l’une ou l’autre fois j’ai quitté la salle, ou simplement n’y suis pas allé en raison d’une légère saturation. Cette année, depuis le début, j’ai le kiffomètre au taquet. Alors que ce concert-ci me fait moins d’effet ne me pose aucun problème. La musique de Mats-Up est parfois un peu éloignée de mes repères et ce soir, je sens que j’ai besoin de quelque chose de plus accessible. Même si leur batteur… la pêche! Et les autres aussi, hein, je ne critique pas, c’est juste que le style me… ou plutôt ne me… et moi je… mais bon. Je reste tout de même jusqu’à la fin, sait-on jamais. Et je fais bien, puisque le dernier titre commence à me caresser dans le sens poil.

MatsUp

À 20 heures, je me mets en route pour rejoindre le Boat Club Venoge, baptisé ainsi de manière très subtile pas son sponsor, la Banque Cantonale Vaudoise. Je n’ai encore jamais mis le pied sur ce bateau, c’est l’occasion. Je monte à bord à 20h30, trouve l’escalier qui descend, arrive dans un bar déjà très animé, découvre une deuxième salle, c’est là. L’endroit est exigu, les rares places assises sont deux bancs qui longent la coque à bâbord et tribord. Le banc est déjà quasiment plein. Je me dégotte une place tout devant, tellement devant que je me trouve derrière une chaise qui doit être celle d’un des musiciens. L’endroit se remplit, tant et tant que les musiciens, lorsqu’ils arrivent, sont presque obligés de s’enduire de vaseline pour traverser le bloc compact des spectateurs. Ou alors ils ont suivi une formation de passe-muraille, je ne sais pas. En tout cas, ils ne sont pas passés par-dessus, il n’y a pas la place! Et moi, plus je vois cette foule, plus je me dis que j’ai vraiment, mais vraiment bien fait d’aller pisser avant de venir.

Baiju Bhatt, le violoniste du Band Beyond Borders dont je t’ai parlé mercredi, est aux commandes de ces deux dernières soirées du Cully Jazz sur ce bateau: deux jams manouches (y a un « s » à jam manouche?). Pour au cas si jamais que des fois y aurait besoin d’expliquer, le principe d’une jam est simple: un groupe de musiciens lance la soirée en jouant quelques titres, puis, après une pause, d’autres musiciens viennent les rejoindre à volonté et jouent avec eux.

Baiju, après le premier morceau, a un court dialogue avec le public:

– Vous allez bien?
– OUIII!
– Vous avez assez de place?
– NOOOON!
– Et bien, NOUS NON PLUS!

C’t’ambiance!

Sauf que: d’où je suis je vois:

  • le dos d’un guitariste;
  • celui de la contrebasse;
  • le contrebassiste de 3/4 dos;
  • avec un peu de chance, suivant les mouvements, la tête et un bout de l’archet du violoniste;
  • le deuxième guitariste est assis, je ne le vois pas.

Au bout de quelques morceaux, le contrebassiste, qui en a marre d’avoir la tête à 50 centimètres du pojo braqué sur lui, recule de… 20 centimètres, me dégageant sensiblement la vue. Ça donne ça:

JamManouche

Mais surtout, surtout… Juste à ma gauche, sur le banc, à 50 centimètres de moi, l’ampli du guitariste qui est devant moi:

Ampli

Du coup, j’entends ce guitariste au (très) premier plan, puis, derrière, un peu du reste. Les solos de l’autre guitare, j’en devine quelques bribes. Ceux du violoniste, un peu mieux, mais ça reste passablement masqué par le rythme endiablé du guitariste proche. Et un guitariste manouche, quand c’est en forme, ça pulse!

Au moment de la pause, je m’exfiltre sans demander mon reste. Les places assises d’où l’on voit quelque chose sont forcément près d’un ampli guitare, et, pour rester debout, je ne me sens pas une vocation de sardine. De plus, j’en ai plein la tête, plein le dos, plein la frustration.

Parce que ces musiciens, je les avais vus dans ce clip qui m’avait vraiment donné envie de les voir en concert. Musique entraînante, humour, tout ce que j’aime.

Le jazz manouche, je n’aimais pas particulièrement. C’est en assistant à un concert d’un autre groupe dont fait également partie Baiju, les Cat-A-Strophe, que j’avais connecté avec cette musique, il y a quelques mois. En écoutant le CD acheté à la fin de ce concert, l’idée m’était venue que cette musique est pour moi celle de la bonne humeur. Or c’est avec les musiciens de Cat-A-Strophe que Baiju animera la deuxième jam manouche, samedi soir, sur le même bateau. Je suis donc doublement frustré: pour ce soir, et pour demain soir (j’avais prévu d’y venir); il est en effet clair que je n’ai absolument pas envie de renouveler l’expérience.

Ceci dit, je manifeste un immense respect et une estime sans bornes pour les musiciens qui eux, devaient assurer la soirée dans ces conditions très difficiles. Respect. Moi je me serais couché par terre et j’aurais appelé ma maman. Entreprise vaine, pour deux raisons: 1. il n’y avait pas la place pour se coucher parterre et 2. ma mère est décédée il y a plus de 10 ans.

Je me retrouve donc sur le quai, bondé, avec dans la tête l’envie de me précipiter dans mon logement, boire une bière et me coucher. Soirée ratée, tant pis. Après tout, ça n’est pas grave. Normal que je sois frustré, je l’accepte, et je passe à autre chose.

À moins que…

Je me souviens tout à coup qu’au Sweet Basile, entre deux sets, la salle se vide presque complètement et il est à nouveau possible, si l’on arrive à ce moment-là, de trouver une place assise. Je m’y rends donc, et boum, le coup de bol: l’heure est à la pause et je peux entrer et m’installer au premier rang. C’est un trio que je ne connais pas. La basse est électrique, le piano aussi, à double titre: du mi-queue Yamaha sort un faisceau de fils électriques, venant d’une boîte à effets posée sur celui-ci. Et à côté, trône un Fender Rhodes (« piano électrique » pour les extimes). Les musiciens arrivent, s’installent pour le deuxième set, et…

ah oui, faut quand même que je les nomme: il s’agit de E:SCAPE, projet en trio du pianiste bernois Michael Haudenschild.

Ils commencent donc à jouer, et dans un premier temps (je te rappelle que je suis programmé intérieurement sur « soirée foireuse ») je me dis que non, cette musique n’est pas la mienne. Mais sentant mon ronchon intérieur en train de prendre les commandes, je me convoque pour une séance monolatérale immédiate et je décide que c’est bien beau, ce que j’ai écrit l’autre jour sur l’ouverture à la nouveauté, mais peut-être est-il le moment de mettre en pratique ces belles paroles. Convaincu par ce discours intime, je me détends, j’ouvre grand mes oreilles… et je découvre une musique d’une richesse de couleurs et de textures telles que je mords à l’hameçon, tel un poisson qui ne rêve que de finir dans ton assiette.

  • Le pianiste passe d’un clavier à l’autre, et même souvent a une main sur chacun, traite (parfois) les sons du mi-queue avec des effets d’une grande musicalité;
  • le bassiste – grand gaillard dans les mains duquel la guitare basse rouge me donne l’impression d’être un petit jouet en plastique – égrène ses notes avec une aisance impressionnante, même s’il grimace de temps en temps comme s’il s’était coincé un doigt entre deux cordes;
  • et le batteur… ah, le batteur… un jeu d’une richesse, tout en nuances, usant de ses baguettes, balais, mailloches et fagots avec une dextérité qui provoque des ah, des oh, et même des « tieu c’gaillard« ! Le tout forme un ensemble parfait, d’une grande luxuriance, une musique généreuse et – en tout cas pour moi ce soir – régénératrice.

escape

Bref, à la fin du set, je me lève, j’achète le CD du trio, et je sors.

Bon. Qu’est-ce que je fais maintenant? Ah tiens, Marjorie (une ancienne collègue) travaille au bar à côté du Chapiteau, je vais aller la trouver et boire une p’tite mousse!

Ce que je fais.

Malgré le plaisir que j’ai d’échanger quelques mots avec Marjo, le lieu étant très bruyant je m’éclipse au bout de quelques minutes.

Je me dis que, dans le caveau voisin où joue un autre trio que j’avais envie de découvrir, ils en sont peut-être entre deux sets et que je pourrai m’introduire… Ben non.

Je vais m’acheter une glace, et je craque: je retourne au Sweet Basile ou le trio E:SCAPE n’a pas encore repris la scène. Je m’installe et assiste au troisième set, que je savoure goulûment, le sourire aux lèvres et une profonde reconnaissance au coeur, troisième set au terme duquel je rentre me coucher, heureux d’avoir finalement fait une belle découverte.

Et surtout heureux d’avoir su me récupérer les humeurs plutôt que de me jouer la grande scène du 2 de Calimero rate sa soirée.

~ ~ ~

Bon.

Samedi, dernier jour de ce Cully Jazz de grande cuvée. Deux concerts le soir, et une spécialité l’après-midi. Mais chut! Tu en sauras plus en lisant mon prochain billet!

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