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Le Cully Jazz à Dom – Jour 7

4 Commentaires

Au mois de janvier, lorsque j’ai consulté le programme du Cully Jazz et sélectionné les concerts auxquels je souhaitais assister, il y a eu – en gros- deux catégories:

  1. Ah ben oui, tiens, ça, je veux pas rater!
  2. C’est qui?

Dans cette catégorie, après consultation des vidéos et audios à disposition sur le net, il y avait deux sous-groupes:

  • Oh oui, oh oui, oh oui!
  • Ah oui… ah mais non… oh pis finalement oui, p’têt’ qu’en live, ça peut le faire.

Le concert d’hier soir était de ce deuxième groupe. Sur la vidéo mise à disposition sur le site du festival, j’ai croché au début, trouvé original, et puis… comment dire… j’ai pas tout écouté, hein, la vidéo fait 25 minutes. J’ai écouté « en diagonale », histoire de me faire une idée. Et certains passages m’ont semblés être à la limite du free-jazz, du moins dans le cadre de mes références à moi. Cependant, suite aux précédentes expériences faites dans ce domaine, et en particulier il y a quatre ans avec Less Than Four, expérience dont j’avais parlé sur cuk.ch:

« La première fois que j’ai assisté à un concert de Less Than Four (LT4 pour les intimes), j’en suis ressorti avec deux certitudes. La première: ça n’était pas ma musique; la deuxième: purée quelle pêche! Comment que ça fait du bien tout partout! »

…suite donc à cette expérience et à d’autres qui ont fini par faire de moi un amoureux du jazz, j’ai compris que, si je veux vraiment donner une chance à un artiste de me toucher, je dois me déplacer et aller l’écouter en concert. Cela ne veut pas dire que le coup de foudre ou l’aversion ne peuvent pas survenir à l’écoute d’un enregistrement, non. Mais j’ai une devise: Ne jamais écarter une proposition artistique sans l’avoir expérimenté en live qu’il s’agisse de musique, de théâtre, ou de n’importe quoi d’autre.

– T’as déjà été voir Chantal Goya en live?
– Ta gueule!

Hier soir, je me suis donc rendu au Sweet Basile pour le concert du Marie Krüttli Trio, en me disant que, peut-être, je m’en irais au bout de quelques titres si je n’aimais vraiment pas. C’est ce qu’il y a de bien avec le festival off. Les concerts étant gratuits et ouverts, les gens vont et viennent sans problème. Pour autant, la qualité d’écoute – en tout cas au Sweet Basile – est excellente et les allées et venues sont relativement discrètes.

À 20 heures, les premières notes du concert sont celles du premier morceau de la vidéo vue sur le site de la dame. Je retrouve ce plaisir immédiat. Puis, les développements provoquent en moi un prudent « ouais…. bon ben t’es là… écoute, et on verra bien ».

À minuit, je quitte le Sweet Basile avec un CD dans la poche et plein de bonnes vibrations plein partout. Plein.

Que s’est-il passé entre temps?

Marie Krüttli, est une personne discrète. Emmitouflée dans son manteau (il fait froid ce soir-là), elle déroule ses compositions sans autres présentations que celles de ses musiciens; sans esbroufe, sans démonstration, sans grimaces ni agitation. Une pianiste plutôt effacée, mais dont le piano nous informe qu’elle en a dans les doigts et dans l’âme. Dans sa musique,  quelque chose qui me rappelle mon enfance:

Ma marraine était professeure de piano. Lorsqu’elle voulait me distraire, elle me jouait des petites chansons enfantines ou pièces légères, en y glissant ça et là quelques fausses notes, quelques dissonances accompagnées de grimaces qui me ravissaient et me faisait rire. Eh bien, en écoutant Marie Krüttli, je retrouve cette impression de « fausses notes » et de dissonances; sauf que là, il s’agit d’un procédé d’écriture, d’une démarche qui n’est pas destinée à m’amuser. C’est juste de la musique d’aujourd’hui.

Oui, je sais, l’utilisation de « dissonances » ne date pas d’aujourd’hui;
oui, je sais, il y a eu le dodécaphonisme, la musique sérielle, concrète, et tout ça;
oui, je sais, même Betthoven, lorsqu’il a écrit ses derniers quatuors, les a vu qualifier de « cacophonie ».

Mais, tu sais, ce billet n’est pas une analyse musicologique. C’est, comme à mon habitude, le partage de mon expérience, de mes ressentis, donc, forcément, en référence à mes propres repères.

Bon. Le musicologue s’étant calmé, on va pouvoir continuer.

Dissonances donc, et tellement que j’ai un peu de mal à m’y faire. Au bout de trois titres, je me dis que je ne vais probablement pas aller au-delà du premier set. J’ai des copains qui jouent juste à côté; j’irai probablement les rejoindre, même si eux, j’aurai certainement l’occase de les entendre plus facilement que Marie Krüttli, d’où mon choix.

Et puis, lentement, insidieusement, je me laisse envoûter. Les compositions de cette femme m’intriguent, m’intéressent, m’amusent parfois – en raison du souvenir de ma marraine, et finissent pas me toucher. Vraiment.

En plus de la valeur, de la richesse des compositions et du jeu de Madame Krüttli, il y a les musiciens qui l’accompagnent. Manifestement, elle a su choisir ses complices.

Le contrebassiste, Lukas Traxel, nous sort quelques motifs qui me laissent bouche bée. Il joue sur un instrument que je trouve magnifique, majestueux, et qui a des cordes noires. Il m’expliquera à la pause qu’il s’agit de cordes faites de boyaux gainées de nylon, mais qu’il va bientôt changer parce qu’il n’en est plus tout à fait satisfait. En attendant, il en tire une sonorité douce, mais pas molle, et son jeu m’intéresse, me touche, me saute en pleine face et j’aime ça (je suis assis juste en face de lui, à trois mètres de son instrument). Il est clairement pour quelque chose dans ma décision de rester pour le deuxième set.

À l’heure ou j’écris, son site est en préparation, mais j’ai trouvé ça.

À la batterie, Martin Perret me fait une impression bizarre. Presque absent; à la limite, le genre de mec pas vraiment concerné. Mais je vois bientôt qu’il l’est, concerné, et que sa présence, pour être discrète, n’en est pas moins attentive et fichtrement efficace. Il utilise quelques accessoires autres que ses baguettes et balais: des grelots, des chaînettes de clochettes, etc.; et un truc bizarre, en métal, avec des petits anneaux, duquel il caresse ses peaux et cymbales. Lorsque je lui demanderai de quoi il s’agit à l’issue du concert, il me répondra que c’est une sonnaille pour djembé.

Mais, plus encore que ces différents accessoires, c’est l’usage qu’il fait de ses baguettes et balais qui me… frappe (mouarf!). Je crois n’avoir jamais vu autant de manières différences de produire du son avec des baguettes ou des ballais, et une cymbale ou une peau, voire le fût lui-même et ses pièces métalliques (cerceaux, tirants). On dirait que le bonhomme est à la recherche du maximum de sons possibles, et au fur et à mesure du concert j’ai énormément apprécié son jeu. Du murmure au coup de pétard (il y a eu des sursauts), il maîtrise tous les registres. Finalement, ce Martin Perret, d’absent et pas concerné qu’il m’apparaissait au début, deviens un nom que je souhaite bien ne jamais oublier. Son site m’y aidera, et je vais certainement rester à l’affût des occasions de le revoir et réentendre.

~ ~ ~

Ce concert en trois sets gagnants aura renforcé en moi deux intimes convictions:

  1. Le jazz est une musique vivante, et elle ne peut donner le meilleur d’elle-même que dans le cadre d’un concert vivant.
  2. S’il est des musiques que l’on peut qualifier de grande musique, le jazz en fait incontestablement partie. Et pas qu’un peu.

Et une troisième conviction, nouvelle celle-ci:

Le Marie Krüttli Trio, c’est de la bombe!

J’ai pas osé, hier soir, mais j’aurais voulu les embrasser tous les trois. La soirée qu’elle et ils m’ont fait passer restera un de mes souvenirs forts du Cully Jazz. Grand merci!

P.S. Encore un truc: quand je pense à toutes ces années perdues, durant lesquelles les femmes étaient cantonnées à nous nourrir et laver nos culottes, je suis infiniment triste.

MKT

4 réflexions sur “Le Cully Jazz à Dom – Jour 7

  1. Cher Domi,
    1° Suis bien sûre d’accord avec ton PS !
    2° Suis aussi de l’avis de ta conviction intime no 1, j’ai souvent encouragé dans ce sens des personnes qui pensent ne pas aimer la « grande » musique
    3° Suite à ton billet, suis allée écouter Amine et Hamzi. Belle découverte, j’ai vraiment beaucoup aimé et ne savais pas qu’on entendait ce genre de musique à Cully Jazz. Merci

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour Dominique,
    Bernadette m’a envoyé le lien pour découvrir ton blog!
    Quelle belle découverte!!
    Et sur ce très bel article en particulier, j’espère que tu l’auras fait parvenir aux principaux intéressés!! car quel cadeau pour un musicien d’avoir un tel retour!!
    Bien à toi
    Sylvie

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    • Hello Sylvie! Quel plaisir de recevoir ta visite sur mon blog!
      Merci pour ton feedback. Oui, j’ai envoyé le lien aux musiciens. J’ai d’ailleurs parlé avec Anne Krüttli entre deux sets et l’ai prévenue que je le ferai. Elle ne m’a pas encore répondu mais elle est en pleine tournée… ça viendra!
      D’autre musiciens m’ont déjà répondu.
      Bienvenue sur mon blog et n’hésite pas à participer à la discussion (même s’il ne s’agit pas de musique!)

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  3. Pingback: Le Cully Jazz à Dom – Jour 8 | j'y pense...

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