j'y pense…

Mais pourquoi faut-il toujours qu’il faille falloir?

4 Commentaires

Falloir.

C’est quoi ce verbe qui ne se conjugue qu’à la troisième personne?

Bon. Si tu me connais, tu sais que j’aime bien le chiffre trois. Et alors? trois c’est trois, c’est pas troisième. Dans trois, il y a bien un, puis deux, et enfin, trois.

Alors un verbe refuse de s’accorder à moi, un verbe qui exprime une contrainte, une obligation posée par on ne sait qui et quand à laquelle je n’ai pas mon mot à dire, et bien je ne l’aime pas, moi, ce verbe.

Je le prends, ce verbe, je le regarde droit dans les yeux, puis je l’em……brasse et lui demande poliment d’aller voir ailleurs et de m’oublier.

Ce verbe, il ne faut pas qu’il… meeeerde! Pourquoi c’est si difficile de s’en débarrasser!

~  ~  ~

Exemple:

Si je veux prendre le bus, il faut que je prenne un billet.

Ben non, il ne faut pas.

Je peux très bien prendre le bus sans billet. Mais:

  • Cela me met en position de resquilleur; je profite d’une prestation sans en acquérir le droit. Je compte sur le fait que les chances d’être contrôlé sont relativement réduites, ce d’autant plus si je connais les stratégies des contrôleurs et que je me donne les moyens de quitter le véhicule si je perçois les indices d’un contrôle imminent.
  • Et dans le cas où je me fais contrôler, je dois payer une amende, et de plus, je serai mis en retard.

Donc, il ne faut pas, mais je choisis de faire, par correction, ou simplement pour me dispenser de ce stress (y a-t-il un contrôleur à l’horizon?) et/ou de l’amende et du retard.

Autre exemple:

- Salut, ça va?
- Il faut bien…

Celui-là m’agace particulièrement. Je réponds toujours « non, il ne faut pas ». C’est vrai, ça! Encore, dans l’exemple du ticket de bus, il y a une obligation légale que l’on peut éventuellement traduire par il faut. Mais là… Je n’ai jamais entendu que qui que ce soit ait été mis à l’amende ou emprisonné parce que ça « n’allait pas »…

Plus subtil:

C’est la fête de la musique. J’aime la musique. Donc, il faut que j’en profite au maximum.

Ben non, là non plus. Car vois-tu, il y a une autre donnée dans cette équation: j’aime la musique, mais j’ai horreur de la foule. Bon, pas tout le temps, hein; des fois, ça va. Mais en ce moment, je traverse une zone de turbulence intérieure qui se traduit notamment par une exacerbation de certaines allergies, par la radicalisation de certaines limites.

Hier, je suis allé écouter un concert, celui que donnait la Fanfare Revuelta sur une des scènes du parc des Cropettes. Il y avait, sur la scène et dans le public, un certain nombre de gens qui font partie de ceux qui comptent pour moi.

En arrivant, j’ai été pris par une sorte de pulsion de fuite, agressé que je me sentais être par la foule (pourtant tout à fait cordiale) et par certaines pulsations d’infrabasses obsédantes, venues d’une scène voisine. Et autant je prends sur moi la responsabilité de ma difficulté à supporter la foule, autant j’ai du mal à considérer comme normaux certains envahissements sonores, surtout lorsqu’ils « polluent » la musique que j’ai choisi de venir écouter.

Hors donc, et ce malgré la très grande qualité de la prestation de la Fanfare Revuelta, malgré l’envie qui était mienne d’aller leur dire combien j’avais apprécié, combien j’avais trouvé qu’ils progressaient de façon impressionnante, combien je pensais que, malgré le style olé olé qu’ils adoptent, ils faisaient preuve d’un grand professionnalisme, combien j’avais vibré grâââve en goûtant la richesse de leurs compositions, la subtilité de leurs arrangements, combien leur présence scénique m’avait fait du bien partout, malgré l’envie énorme que j’avais de courir les embrasser, les congratuler, me prosterner, combien j’avais envie de oh, combien ah… malgré tout ça et le reste que je ne veux pas continuer à énumérer parce que cette phrase commence à être vraiment longue que je vois qu’on en a déjà perdu deux en route, et bien malgré tout, j’ai glissé dans l’oreille de Bernadette que je n’en pouvais plus de cette foule et, en esquissant un signe d’au revoir à l’intention de qui regardait éventuellement dans ma direction, je me suis enfui, sans prendre le temps de dire au revoir à personne.

J’ai pas aimé faire ça, mais quelque part je ne pouvais pas faire autrement sans risquer de couper grossièrement la parole à qui voudrait encore échanger quelques mots avec moi; sans risquer de dire, maladroitement, agressivement peut-être, à celui qui était venu me parler pendant le concert que je ne comprenais pas qu’on puisse parler pendant un concert; sans risquer surtout de vouloir tenir, tenir encore, par « politesse », et ensuite d’avoir toutes les difficultés à m’extraire de la tempête intérieure dans laquelle ce genre d’exercice peut me plonger.

J’espère n’avoir froissé personne. Si c’est le cas, je m’en excuse. Et je ne fais pas parce qu’ « il faut »!

Pour en revenir à ce verbe,

…je crois que j’aimerais bien m’en débarrasser. Ne plus l’utiliser. Ou alors… si j’osais… Bon. Tu me connais, j’ose:

Cet après-midi, il fait beau. D’aucuns prétendraient sans vergogne que, avec un temps pareil, il faut sortir. Et ben moi non. Je dis: JE faus sortir. Je ne veux pas sortir pour une autre raison que parce que je le décide. Na. Et si le verbe falloir fait de la résistance, si l’académie française veut m’empêcher de falloir, si mon correcteur orthographique me chie une pendule, si toi qui me lis tu trouves que j’exagère, et bien tant pis. Je faudrai chaque fois que je voudrai. Et je vais même plus loin: j’incite qui veut à falloir également. Fallons en coeur! Ne nous laissons par falloir par… par qui au fait?

Donc: cet après-midi, j’ai fallu sortir, et je me suis installé en pleine nature, dans un endroit que j’aime bien, pour écrire ce billet.

2eBureau

Et bien, tu sais quoi?

La prochaine fois que je viendrai (car je reviendrai) écrire ici, et bien…

IL FAUT ABSOLUMENT QUE JE PENSE À PRENDRE UN SPRAY ANTI-MOUSTIQUES, BOUDIOU!

4 réflexions sur “Mais pourquoi faut-il toujours qu’il faille falloir?

  1. Ha ha, je l’attendais ce billet.

    Il fallait que tu l’écrives. Oups!
    Merci.

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  2. Et bien, je faux absolument t’écrire que, bien sûr, je n’avais jamais pris conscience, que dorénavant je ne pourrai plus m’empêcher d’y penser et donc….de penser à toi!!!

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